Vieillir et vivre plutôt que d’attendre de mourir, telle est la philosophie derrière le village d’pour les personnes atteintes d’une maladie neurodégénérative sévère. Dans les années 1990, Yvonne van Amerongen travaillait dans une résidence dite traditionnelle des Pays-Bas; elle était donc aux premières loges de la réalité des personnes âgées malades.

Désirant offrir un milieu où tous aimeraient passer la fin de leurs jours, la travailleuse s’est associée à six de ses collègues. Après plus d’une année de recherche, une idée qui leur semblait prometteuse émergea : construire un centre d’hébergement où les résidents vivraient comme à la maison parmi des gens qui leur ressemblent. C’est seulement près de 20 ans plus tard que leur objectif est atteint : en décembre 2009 ouvre le premier « village Alzheimer », une mini-société où les personnes atteintes de démence résident avec leurs pairs tout en conservant leur dignité, leur autonomie et leur intimité.

Une première mondiale, ce village en a inspiré plusieurs. Vancouver et Dax (France) accueilleront leur premier village en 2019 et la Ville de Québec, à la fin 2018, aura un centre d’hébergement avec un concept similaire.

Quelles sont les particularités de ce type de résidences? CDS Boutique a fait quelques recherches pour vous présenter ce nouveau modèle!

Environnement

Les « villages Alzheimer » de Vancouver et d’Hogewey se situent dans de grands espaces boisés. La verdure occupe une place importante au sein de leur aménagement. Des rues, des parcs, des quartiers, des allées et des fontaines, tout ressemble à ce que l’on pourrait trouver dans le monde extérieur. Tout comme la plupart des villes et villages, ces centres d’hébergement comportent une épicerie, une salle de spectacles, un bistro, un jardin, des espaces communs, un salon de coiffure, etc. Les ainés peuvent y circuler à leur convenance, aller faire les courses ou participer aux activités organisées dans certains bâtiments.

Il n’existe qu’une seule entrée et sortie qui est surveillée par une réceptionniste. L’architecture est conçue afin que les personnes âgées n’aient pas le sentiment d’être emprisonnées. Les portes n’ont pas de serrures, ce qui permet aux habitants de circuler librement.

Décoration et choix de résidence

À Hogewey, les différentes maisons sont aménagées dans un style plus ancien. Le décor et les meubles proviennent donc de la fin des années 1900 afin de concorder avec les souvenirs des personnes atteintes d’une maladie neurodégénérative qui y vivent. Le milieu de vie de ces habitants est donc plus naturel : les résidents s’y sentent comme chez eux et reconnaissent leur environnement, ce qui les aide à se sentir plus normaux malgré la maladie.

Le village est divisé en quartier, c’est-à-dire que chaque maisonnée est façonnée selon un style de vie différent. La décoration, la musique, les activités, même la nourriture et la disposition de la table, sont choisies en fonction du style particulier de chaque résidence et des particularités de celle-ci et des gens qui y habitent.

À leur arrivée, les habitants sont donc dirigés vers une maison qui leur ressemble, qui abrite des personnes ayant les mêmes intérêts et le même mode de vie.

Activités

Puisque ces villages comportent de multiples bâtiments, les activités proposées sont des plus variées : les allées permettent aux résidents de marcher et de faire du vélo; le jardin leur permet d’exercer leur pouce vert; des ateliers de cuisine, de peinture et de bingo sont également offerts.

Les proches sont les bienvenus à toutes heures du jour ou de la nuit. Il n’y a pas d’heures de visite et leur participation est fortement encouragée.

Relation entre résidents et professionnels

À bas les uniformes! À Hogewey, le personnel est intégré aux résidents. Pour chacune des maisonnées, cinq personnes âgées y résident, évidemment accompagnées par des professionnels et surveillées discrètement par des caméras. Ce sont plus de 250 professionnels qui prennent soin des habitants, sans que ces derniers ne s’en rendent compte. Ils occupent tous différentes fonctions au sein du village : caissiers, facteurs, commis d’épicerie, etc. L’évaluation et les interventions sont donc plus discrètes, ce qui permet d’éviter de rappeler aux malades que leur état de santé n’est pas optimal.

ÉpicerieInterventions

Cette approche nécessite toutefois l’adoption d’une mentalité différente. Les employés ne doivent pas corriger les résidents, pas plus qu’ils ne leur cachent la réalité : s’ils achètent 20 pains à l’épicerie, un intervenant les retournera plus tard; si un résident demande où il se trouve, on lui répondra qu’il vit dans un endroit où il reçoit les soins et l’aide nécessaire. Les sources de colère, de stress ou de confusion sont ainsi réduites. La prise de médication se fait volontairement et serait minime grâce aux bienfaits de ce type de centres d’hébergement.

L’évaluation et l’interaction se font de sorte à mettre l’accent sur ce que la personne âgée est toujours en mesure de faire (compétences résiduelles), plutôt que ce qu’elle ne peut plus faire. Cette pratique redonnerait le pouvoir aux habitants et optimiserait leur autonomie et leur indépendance.

Solution miracle?

En offrant un environnement familier, convivial et naturel aux personnes âgées, il semblerait que les résidences de ce genre ont réussi à diminuer les impacts négatifs (anxiété, stress, confusion, colère) que l’environnement non adapté peut avoir sur les habitants.

Certes, certaines améliorations pourraient être apportées. Par exemple, à Hogewey, les résidents ne peuvent présentement pas habiter avec leur être cher.

Ces projets de résidences sont des plus coûteux et peuvent sembler inaccessibles pour une grande partie de la population. Toutefois, plusieurs approches de ce modèle peuvent être appliquées en centres d’hébergement afin d’optimiser la situation des personnes atteintes d’une maladie neurodégénérative. Par exemple, ces dernières pourraient participer aux différentes tâches de la vie quotidienne.

Ces villages ne sont peut-être pas la réponse parfaite aux enjeux d’hébergement des personnes âgées en perte d’autonomie, mais ils ont certainement une approche novatrice. Peut-être faut-il tout un village pour accompagner une personne âgée en perte d'autonomie…

 

Références